Sur le bassin de Montluçon, huit infirmiers délégués à la santé publique du réseau Asalée accompagnent, en lien avec les médecins généralistes, des patients atteints de maladies chroniques.
Mais avec la suspension de sa subvention publique, le dispositif est aujourd’hui menacé. Céline Biard, Julie Durand, Delphine Buisson et Rémi Lescher sont inquiets.
Les quatre infirmiers délégués à la santé publique, installés dans différents pôles, centres et maisons de santé du territoire, le savent : « L’association nationale Asalée, Action de santé libérale en équipe, dont nous faisons partie, est en grand péril. »
Sur l’arrondissement de Montluçon, ils sont huit à travailler en coordination avec des médecins généralistes adhérents au réseau et à accompagner, via notamment des séances d’éducation thérapeutique, des patients atteints de maladies chroniques. « Cela peut être pour du diabète, un surpoids, un tabagisme, un alcoolisme, des troubles cognitifs… C’est assez large », explique Julie Durand.
Mais, faute de financement par l’Assurance maladie – l’association percevait jusque-là une subvention publique de près de 100 millions d’euros par an -, ce dispositif de prévention et d’accompagnement est aujourd’hui menacé.
« Malgré l’utilité reconnue du dispositif pour les patients, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), publié en juillet 2025, a mis en évidence de graves dysfonctionnements dans la gouvernance ainsi que dans la gestion de l’association Asalée depuis plusieurs années », soutient l’Assurance maladie, qui précise avoir « engagé de nombreuses démarches afin d’accompagner la mise en œuvre des recommandations formulées par l’Igas » et avoir « rappelé à plusieurs reprises que la poursuite de son financement dans la durée était conditionnée à la prise en compte de ces recommandations ».
Mais « malgré cela, l’Assurance Maladie n’a pu que constater, près de huit mois plus tard, que les mesures nécessaires n’ont pas été engagées par l’association, l’obligeant à suspendre ses financements ».
L’association est ainsi en cessation de paiement depuis début mars. Et le tribunal des affaires économiques de Paris a été saisi dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire, avec une audience prévue ce vendredi.
Les infirmiers, « 2.080 infirmiers nationalement » dont les huit sur l’arrondissement montluçonnais, sont, eux, depuis le 1 février, sans salaire. Une prise en charge assurée malgré tout par les infirmiers « Mais nous continuons de travailler », souligne Céline Biard.
« L’association accompagne, au niveau national, trois millions de patients. Nous ne pouvons pas les laisser tomber, en particulier dans un territoire comme le nôtre avec une désertification médicale aussi forte. » Les infirmiers attendent donc avec impatience, et inquiétude, la décision du tribunal des affaires économiques. Et alertent sur la nécessité de poursuivre un tel dispositif. Un dispositif essentiel pour bon nombre de patients.
« C’est très violent ce qui est en train de se passer », soutient Louisa Deroche, bénéficiaire du réseau Asalée. « Si l’association est condamnée à arrêter, je me sentirais abandonnée. Je suis suivie par Julie depuis deux ans pour une obésité et j’ai retrouvé beaucoup de sens à ma vie. J’avais besoin d’un suivi. Et voir un médecin n’était pas suffisant. J’avais besoin d’un coup de pouce, d’être soutenue, d’une écoute humaine. Un médecin n’a pas le temps pour ça. Mon médecin traitant m’a donc proposé cet accompagnement supplémentaire. Julie a pris du temps. Ça a été essentiel. Alors aujourd’hui, on parle de chiffres, de financement… Mais les personnes comme moi, on va faire quoi ?
